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Maroc [royaume du Maroc ; en arabe, al-Maghrib],
pays du Maghreb, bordé au nord par la mer Méditerranée, à
l’ouest par l’océan Atlantique, au sud par la Mauritanie
au-delà du Sahara-Occidental et à l’est par l’Algérie.
Les frontières marocaines dans le désert du Sahara ne sont
pas clairement définies : depuis 1979, le Maroc occupe la
région méridionale du Sahara-Occidental (ancien Sahara
espagnol), un territoire qu’il revendique et qu’il occupe
en dépit de la condamnation de l’Organisation des Nations
unies. La question du Sahara-Occidental envenime les
rapports entre la monarchie marocaine et la République
algérienne voisine ; elle contribue, en revanche, à
maintenir une forte cohésion nationale.
Héritées de la colonisation espagnole d’une partie du
pays, les enclaves de Ceuta et de Melilla se découpent sur
le littoral méditerranéen du Maroc. Le pays couvre une
superficie totale de 706 550 km2, parmi
lesquels le Sahara-Occidental représente 266 779 km2.
La capitale marocaine est Rabat.
C’est au Maroc que l’on trouve les plaines les plus vastes
et les montagnes les plus hautes de l’Afrique du Nord. Le
relief du pays est marqué par quatre grands systèmes : le
Rif, le Moyen-Atlas, le Haut-Atlas et l’Anti-Atlas.
Les rivages méditerranéens sont dominés par le Rif, une
chaîne montagneuse peu élevée, 1 000 m en moyenne, mais
2 450 m au djebel Tidirhine, qui se relève d’est en ouest.
Au sud, une dépression, la trouée de Taza, sépare le Rif
d’une chaîne plissée, le Moyen-Atlas, qui dépasse 3 000 m,
tandis qu’un plateau central réalise la transition avec de
riches plaines côtières qui sont autant de foyers de
peuplement. On y rencontre à l’ouest des reliefs
karstiques avec des dolines qui forment parfois des lacs.
L’ancienne activité volcanique a donné naissance à des
lacs de cratères comme le Sidi Ali.
Le Haut-Atlas, qui s’étend également en Algérie, culmine à
4 165 m dans le djebel Toubkal, au sud de Marrakech ; il
succède au Moyen-Atlas selon un alignement nord-est
sud-ouest et se prolonge jusqu’à l’Atlantique, où il se
raccorde à l’Anti-Atlas, la plus méridionale des chaînes
de montagnes marocaines, par le massif d’origine
volcanique du djebel Siroua (3 300 m). Cette dorsale
accidentée, constituée par des montagnes jeunes, sépare
les plateaux et les plaines vertes et fertiles du Sahara
aux oueds asséchés et aux terres arides.
Bien arrosé, avec des neiges persistantes sur les plus
hauts sommets, l’Atlas donne naissance à de nombreuses
rivières dont l’eau est utilisée pour l’irrigation et
l’alimentation de plusieurs petites centrales
hydroélectriques. Ces cours d’eau deviennent des fleuves
comme la Moulouya (450 km), qui se jette dans la
Méditerranée, ou le Sebou (500 km), qui se déverse dans
l’Atlantique.
La nature accidentée du terrain et le régime des pluies
rendent les fleuves du Maroc peu navigables. Ainsi, le
Sebou constitue l’unique voie navigable du pays, mais
uniquement dans la dernière partie de son cours, jusqu’à
Kenitra (17 km), tandis que l’Oum er-Rebia (600 km),
principal fleuve du Maroc, qui court d’est en ouest tout
le long du versant saharien et arrose une ligne d’oasis,
est impropre à la navigation.
Les crues soudaines et incontrôlées du printemps ou de
l’automne alimentent des nappes souterraines qui font
vivre, le reste de l’année, les populations établies sur
des éminences. À l’extrême sud-est, les oueds Ziz et
Rhéris, descendus de l’Atlas, se perdent dans les sables
du désert.
Le Maroc est soumis aux influences contrastées de la
Méditerranée, de l’océan Atlantique et du Sahara sur les
reliefs dont la partie occidentale reçoit les pluies
océaniques, tandis que les sommets jouent le rôle de
barrières. Les plaines côtières sont à la même latitude
que les oasis du Sahara algérien ; riches et fertiles dans
le Nord, elles subissent l’influence du désert dans leur
partie méridionale à partir d’Essaouira (Mogador) et
surtout d’Agadir.
Dans le Nord, le climat est de type méditerranéen, tempéré
par l’influence de la mer avec des hivers plus froids en
altitude et des précipitations voisines de 800 mm annuels
sur le versant atlantique septentrional. À Essaouira, les
températures annuelles moyennes varient entre 16,4 °C en
janvier et 22,5 °C en août. À l’intérieur des terres, les
hivers sont plus frais et les étés plus chauds. Ainsi, à
Fès, les températures varient de 10 °C en janvier à
26,9 °C en août. Dans l’Atlas, il n’est pas rare de
trouver des températures hivernales inférieures à
- 17,8 °C, et les sommets sont enneigés presque toute
l’année.
La saison des pluies correspond aux mois d’hiver. Les
précipitations sont importantes dans le Nord-Ouest et plus
faibles dans l’Est et le Sud, en particulier sur les
contreforts orientaux de l’Atlas. Les précipitations
annuelles moyennes varient de 860 mm à Tanger et 430 mm à
Casablanca, à 280 mm à Essaouira et à 130 mm dans le
Sahara.
Le Maroc est le pays le plus boisé du Maghreb. Les régions
montagneuses tournées vers l’Atlantique sont couvertes de
forêts (6,8 p. 100 du territoire), comprenant de larges
étendues de chênes-lièges, des chênes verts, des
genévriers, des cèdres, des sapins et des pins qui
bénéficient des pluies de l’automne et de l’hiver, mais
les sécheresses, de plus en plus longues dans le Sud,
fragilisent cette végétation soumise aux incendies, aux
coupes et à l’érosion des sols. Les terres cultivées
occupent presque toutes les plaines ; ailleurs, le maquis
prédomine. Dans la plaine du Sous, près de la frontière
méridionale, on trouve une vaste forêt d’arganiers, des
épineux endémiques de l’Afrique du Nord. La végétation
dans les vallées des oueds présahariens est identique à
celle des zones arides de la région ; dans les oasis,
cultures maraîchères et arbres fruitiers prospèrent à
l’ombre des palmiers-dattiers.
Le Maroc, au carrefour de l’Europe et de l’Afrique,
possède une faune diversifiée. Les mosaïques romaines de
Volubilis témoignent de la présence d’éléphants,
aujourd’hui disparus, et de lions, dont les derniers
spécimens vivaient encore dans l’Atlas au
XIXe siècle.
On rencontre encore des espèces comme le renard, le lapin,
la loutre et l’écureuil, mais aussi la gazelle, le
phacochère, la panthère, le babouin et la vipère cornue.
En 2004, la population marocaine était estimée à
32,2 millions d'habitants, soit une densité moyenne de
72 habitants au km² ; mais les Marocains sont inégalement
répartis sur le territoire : les régions côtières et les
plaines du Nord enregistrent les plus fortes densités.
La population connaît un fort taux d’accroissement : en
2004, le taux de natalité a été évalué à 22,80 p. 1 000,
le taux de mortalité à 5,70 p. 1 000, l’indice de
fécondité à 2,81 enfants par femme ; l’espérance de vie
est de 70,3 années. Selon ces différentes prévisions, le
Maroc devrait compter 42 millions d'habitants en 2025. La
structure de la pyramide des âges contribue à alimenter le
malaise social dans un pays où le chômage est élevé : pour
la période 1995-2000, la part des moins de 15 ans dans la
population totale est estimée à 36 p. 100, celle des
individus âgés de 65 ans et plus, à 4,9 p. 100.
Le Maroc est une terre d’émigration : environ 1,8 million
de ressortissants marocains vivent à l’étranger, notamment
en France (575 000), en Italie (200 000) et en Belgique
(120 000).
La population, d’origine berbère, a été islamisée par les
conquérants arabes à partir du
VIIIe siècle.
Avec l’essor des villes, certains des autochtones ont
abandonné leur mode de vie traditionnel et ont adopté la
langue et les coutumes des nouveaux arrivants.
Aujourd’hui, les Berbères, ou Imazighen (« hommes
libres »), vivent plutôt dans les zones rurales et, depuis
la fin des années 1980, revendiquent leur spécificité
culturelle ; les populations arabes sont plutôt citadines.
Toutefois, le clivage entre les communautés est loin
d’être aussi évident, car de nombreux mariages entre
Arabes, Berbères et Noirs africains, depuis un millénaire,
ont largement métissé la population et le fait de parler
berbère ne s’oppose pas fondamentalement au fait
d’appartenir également à la civilisation arabe.
Le nombre de Sahraouis, des Berbères pour la plupart,
appartenant pour beaucoup à la confédération des Regueibat,
est contesté par les différentes parties en conflit au
Sahara-Occidental. Il varie de 170 000 à 1 million, ce
dernier chiffre étant avancé par le front Polisario, qui
prend en compte les Sahraouis réfugiés à l’extérieur du
territoire marocain.
Environ 100 000 Européens (dont 25 p. 100 de Français)
vivent au Maroc, ainsi qu’une minorité juive descendant de
l’importante communauté qui a émigré en France ou en
Israël dans les années 1960 et 1970.
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3.2 |
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Divisions administratives et villes principales |
Le pays est divisé en 16 régions économiques subdivisées
en provinces et en préfectures urbaines.
Les provinces marocaines sont administrées par des préfets
nommés par le roi et soumis au gouvernement central.
Chaque province est divisée en « cercles », eux-mêmes
subdivisés en « circonscriptions ».
La répartition de la population entre zones rurales et
zones urbaines est relativement équilibrée : en 2002,
57 p. 100 des Marocains étaient citadins. Rabat, la
capitale et l’une des plus grandes villes du Maroc, est
située sur la côte atlantique (717 000 habitants,
estimation 1992). Casablanca (2,1 millions) est la ville
la plus importante du pays et son premier port ; Marrakech
(618 000 habitants) et Fès (573 000 habitants) sont les
grands pôles du commerce marocain. Tanger
(592 000 habitants) contrôle le détroit de Gibraltar. Le
gouvernement incite la population marocaine à s’établir au
Sahara-Occidental, dont la ville principale est El-Aïun (Laayoune).
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3.3 |
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Institutions et vie politique |
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3.3.1 |
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Organisation des pouvoirs |
Le Maroc est une monarchie héréditaire, régie par la
Constitution de 1972, révisée en 1980, en 1992, puis en
septembre 1996.
Le monarque, qui doit être de sexe masculin, est le chef
spirituel et temporel ; chef de l’État, il nomme le
Premier ministre et les membres du gouvernement. Le roi a
le pouvoir d’ordonner la révision de mesures législatives
et de dissoudre l’Assemblée. Il commande également les
forces armées.
Une révision de la Constitution a introduit le bicamérisme
du Parlement, composé depuis septembre 1996 de la Chambre
des représentants, dont les membres sont élus pour six ans
au suffrage direct, et de la Chambre des conseillers,
nouvel organe, élu par les représentants des collectivités
locales, des organisations professionnelles, et des
salariés. La nouvelle Constitution a élargi les
compétences du corps législatif, en même temps qu’était
créée une Cour constitutionnelle.
Le système politique marocain repose sur un multipartisme
qui connaît toutefois des limites, liées à la prééminence
du roi. Le Mouvement populaire constitutionnel
démocratique (MPCD), parti conservateur fondé en 1959, le
Rassemblement national des indépendants (1978), l’Union
constitutionnelle (1983) et le Parti national démocratique
(1981) sont les principaux partis pro-gouvernementaux.
Parmi les forces d’opposition se trouvent l’Istiqlal
(« indépendance »), parti nationaliste fondé en 1943,
l’Organisation de l’action démocratique et populaire (OADP),
le parti du Progrès et du Socialisme (PPS). En 1998,
l’Union socialiste des forces populaires (USFP), grand
parti de gauche généralement dans l'opposition, accepte la
nomination de leader, Abderrahmane Youssoufi, au poste de
Premier ministre.
En juin 1996, le roi Hassan II autorise l’entrée
d’islamistes modérés au sein du MPCD. Les mouvements
islamistes demeurent étroitement contrôlés, voire
réprimés. Le souverain, désireux d’introduire un système
en alternance, multiplie, à partir de 1990, les tentatives
d’ouverture politique en direction de l’opposition. Les
principaux partis ne veulent cependant pas participer au
gouvernement formé en février 1995, le roi ayant refusé
les conditions posées en préalable : révision
constitutionnelle, nouvelles élections et départ du
ministre de l’Intérieur, Driss Bari, dont le nom fut
souvent associé aux violations des droits de l’homme par
les autorités marocaines.
Cette situation a connu récemment de profonds
bouleversements. En 1996, un référendum ratifie la
Constitution marocaine. Au début de 1997, une charte est
signée entre le pouvoir et l’ensemble des formations
politiques en vue de la tenue d’élections libres et
régulières. Les élections locales se tiennent en juin
1997, les élections législatives le 14 novembre 1997. L’USFP
devient la première force politique du pays, le RNI
maintenant ses positions, alors que l’Istiqlal est le
grand perdant. Abderrahmane Youssoufi est désigné par le
roi Hassan II, en février 1998, au poste de Premier
ministre. En mars, il fait connaître la composition de son
cabinet, qui comprend 48 membres. Au plan de la
répartition partisane, l’USFP s’est réservé 14 sièges,
contre 6 au RNI et à l’Istiqlal. Le PPS (parti du Progrès
et du Socialisme) et trois autres partis d’opposition sont
aussi associés au pouvoir. Le Maroc vit ainsi une
expérience inédite de transition et d’alternance
politique.
Après le décès d'Hassan II, le 23 juillet 1999, son fils
aîné Sidi Mohammed, âgé de 36 ans, monte sur le trône sous
le nom de Mohammed VI. L'acte le plus significatif de la
politique d'ouverture menée par Mohammed VI est le
limogeage, en novembre 1999, de Driss Basri, ministre de
l'Intérieur, symbole des aspects les plus dictatoriaux du
roi défunt. Mohammed VI conserve le premier ministre
socialiste Abderrahmane Youssoufi et garde la haute main
sur la direction de l'armée.
Le processus de transition démocratique aboutit en
septembre 2002 à la tenue d’élections législatives
transparentes visant à remplacer le gouvernement
d’alternance d’Abderrahmane Youssoufi. Sur les 325 sièges
de la Chambre basse du Parlement, la principale formation
du gouvernement sortant, l’Union socialiste des forces
populaires (USFP), arrive en tête avec 50 sièges, suivie
de l’Istiqlal, qui remporte 48 sièges. L’autre parti de la
coalition gouvernementale au pouvoir, le Rassemblement
national des indépendants (RNI), de centre droit,
n’arrive, avec 41 sièges, qu’en 4e position,
derrière le Parti de la justice et du développement (PJD),
islamiste, qui recueille 42 sièges. Le nouveau Premier
ministre, Driss Jettou, sans étiquette politique, forme un
gouvernement dans la continuité du précédent gouvernement
d’alternance, avec l’USFP et l’Istiqlal dominant une large
coalition gouvernementale, dont sont exclus les islamistes
du PJD.
En 2002, l’armée de terre comptait environ 175 000 hommes,
l’armée de l’air 13 500 et la marine 7 800 ; un service
militaire de dix-huit mois est obligatoire pour tous les
hommes. La même année, l’État a consacré 3,6 p. 100 du
produit intérieur brut (PIB) aux dépenses de la Défense
nationale.
Le Maroc est engagé depuis 1974 dans des opérations au
Sahara-Occidental contre les nationalistes sahraouis du
front Polisario qui revendiquent l’indépendance.
L’arabe, la langue officielle du pays, est parlé par
75 p. 100 de la population, mais le berbère, ou tamazigh,
est également parlé par la moitié des Marocains ; (c’est
la langue maternelle d’au moins 25 p. 100 de la
population). De nombreux Marocains parlent aussi le
français et l’espagnol.
L’islam est la religion d’État. La totalité de la
population musulmane est sunnite. Le roi du Maroc,
descendant du prophète Mahomet, est Commandeur des
croyants ; les chrétiens représentent 1 p. 100 de la
population et les juifs moins de 0,1 p. 100.
En 1963, l’école est devenue obligatoire pour tous les
enfants âgés de 7 à 13 ans. La scolarisation des garçons
est cependant beaucoup plus importante que celle des
filles. En 1991, 38,2 p. 100 des enfants dans la tranche
d’âge concernée étaient scolarisés dans le secondaire ; en
1993, 10,3 p. 100 l’étaient dans le supérieur.
L’enseignement est dispensé en arabe. En 1994, le roi
Hassan II décida que le berbère serait désormais enseigné
dans le primaire, une décision importante qui mettra un
certain temps à être suivie d’effets. En 1995, 56,3 p. 100
des Marocains ne savaient ni lire ni écrire.
L’enseignement supérieur traditionnel en arabe est assuré
à l’université al-Qarawiyin, à Fès, et l’enseignement
supérieur moderne, en français et en arabe, dans les
universités Mohammed V (1957) à Rabat, Mohammed Ben
Abdallah (1974) à Fès, Cadi Ayyad (1978) à Marrakech,
Hassan II (1976) à Casablanca et Mohammed Ier
(1978) à Oujda. Rabat est également dotée d’une école des
beaux-arts et de plusieurs instituts spécialisés dans
l’administration, l’agriculture et les sciences
économiques. L’École des arts et traditions populaires
(fondée 1921) est située à Tétouan.
En 1992, l’État a consacré 5,8 p. 100 du PIB aux dépenses
d’éducation.
Le Maroc s’est enrichi des influences de plusieurs
cultures, comme en témoignent les vestiges des
civilisations phénicienne, hellénique, carthaginoise,
romaine et arabe.
Le christianisme s’est étendu dans la région avec
l’occupation romaine et a résisté un temps à l’expansion
arabe. L’influence arabo-musulmane l’emporte rapidement
sur les côtes et dans les cités qui deviennent de grands
centres d’échanges entre l’Espagne, le sud du Sahara et le
reste du monde arabe. L’arabe, langue sacrée, devient
aussi la langue écrite des échanges commerciaux et
culturels. Le Maroc accueille les musulmans et les juifs
chassés par l’Inquisition, qui sévit dans la péninsule
Ibérique au XVIe siècle :
l’architecture et la musique arabo-andalouses viennent
alors influencer les arts de l’islam. Le Maroc demeure, en
revanche, en dehors de l’aire d’influence ottomane.
L’empreinte ouest-africaine date de l’établissement des
routes transsahariennes, au
Xe siècle,
et de la dynastie mauritanienne des Almoravides,
fondateurs de la ville de Marrakech. La colonisation
française, durant plus d’un demi-siècle, marque le passage
du pays au monde contemporain, avec les bouleversements
que cela implique au sein de la société marocaine.
La Bibliothèque nationale du Maroc, fondée en 1920, est
située à Rabat. La ville de Casablanca et l’université de
Fès abritent également des bibliothèques. Le principal
musée est le Musée archéologique de Tétouan, dont la
collection est composée de vestiges carthaginois, romains
et musulmans.
Voir aussi
Africain, cinéma ; Arabe, littérature ; Arabe, musique ;
Islamique, musique ; Maghreb, littérature du.
Le Maroc est essentiellement un pays agricole bien que
seuls 21,8 p. 100 de la superficie totale soient cultivés.
En 2002, le produit intérieur brut (PIB) s’élevait à
36 milliards de dollars, chiffre qui plaçait le pays au 54e rang
mondial. Depuis 1985, l’économie marocaine a été soumise à
un ajustement structurel sévère qui produit des résultats
inégalés sur le continent africain. Cependant, la
croissance économique — 3,1 p. 100 en moyenne de 1980 à
1994 ; 2,57 en moyenne pour la période 1990-2002 — demeure
insuffisante pour résorber le chômage : chaque année,
250 000 demandeurs d’emploi arrivent sur le marché du
travail. En 1999, le taux de chômage s’élevait à
22 p. 100 ; l’inflation atteignait 6,6 p. 100.
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4.2 |
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Agriculture, forêts, pêche |
En 1995, le secteur primaire occupait 35 p. 100 de la
population active et contribuait pour 18 p. 100 à la
formation du PIB.
La production est très dépendante des aléas climatiques.
Ainsi, l’année 1994 s’était révélée exceptionnelle après
trois années de sécheresse, mais la sécheresse prolongée
de 1995 a de nouveau sérieusement menacé l’agriculture du
pays.
Les principales productions sont les céréales, le blé
(31 p. 100 des terres cultivées en 1994 ; 19e rang
mondial) et l’orge (26 p. 100 des terres ; 11e rang
mondial) dont la production totalise 3 millions de tonnes.
La pomme de terre, les melons, les oliviers, la vigne, les
légumineuses, les dattiers, la canne à sucre et la
betterave à sucre sont également cultivés. Le Maroc est un
gros producteur d’agrumes (1 275 000 t, dont 940 000 t
d’oranges, 11e rang mondial) principalement
destinés à l’exportation avec les légumes d’hiver.
Le cheptel compte environ 15,6 millions d’ovins (19e rang
mondial), 5,5 millions de caprins et 3,3 millions de
bovins.
Le liège est l’une des principales ressources de la forêt
marocaine, mais la plupart du bois coupé est utilisé comme
combustible ; en 2002, la production de bois s’élevait à
7,51 millions de m³, quantité très minime.
Les principaux centres de pêche sont Agadir, Safi,
Essaouira, Casablanca, auxquels s’ajoutent les centres
côtiers du Sahara-Occidental. En 2001, les prises
annuelles s’élevaient à 1 084 638 tonnes et comprenaient
notamment sardines, thon, maquereaux, anchois et
crustacés.
En 1995, le secteur secondaire occupait 24 p. 100 de la
population active et contribuait pour 33 p. 100 à la
formation du PIB.
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4.3.1 |
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Exploitation minière et énergie |
Le pays possède des ressources minières considérables :
c’est le 3e producteur mondial de phosphate
(gisements de Youssoufia, de Khourigba, de Benguerir,
ainsi que Bou Craa, au Sahara-Occidental, 20 millions de
tonnes en 1995) ; le 10e producteur de plomb
(70 000 t) et d’argent (333 000 t). On y extrait aussi du
charbon, du cobalt, du fer, du cuivre, du manganèse, du
pétrole, de l’étain et du zinc.
En 2001, 95,44 p. 100 de la production électrique est
d’origine thermique, le reste étant produit dans des
centrales hydroélectriques locales. En 2001, la production
annuelle était d’environ 13,3 milliards de kilowattheures.
Des petites et moyennes entreprises assurent l’essentiel
de la production industrielle du pays : matériaux de
construction, produits chimiques, textiles, chaussures,
pétrole raffiné, produits agroalimentaires (32 p. 100 de
la production industrielle totale), vins, sucre, etc.
L’artisanat est également un secteur traditionnel
important : tissus, sellerie, céramiques, tapis et
couvertures et ébénisterie de haute qualité.
En 1995, le secteur tertiaire occupait 41 p. 100 de la
population active et contribuait pour 49 p. 100 à la
formation du PIB.
La monnaie est le dirham, divisible en 100 centimes ; elle
est émise par la banque Al-Maghrib (1959), banque centrale
du Maroc. De nombreuses banques privées sont également
installées dans le pays.
L’émigration marocaine et le tourisme permettent
d’importantes rentrées en devises étrangères. Cependant,
les menaces terroristes islamistes qui pèsent sur le
Maghreb ont considérablement ralenti la venue des
touristes au Maroc, et les recettes liées à ce secteur
sont en régression (460 millions de dollars en 1999).
Le pays dispose d’importants équipements portuaires à
Casablanca, Agadir, Kenitra, Safi et Tanger. Au début des
années 1990, le pays était équipé d’un réseau ferroviaire
de 1 890 km et de 59 198 km de routes, dont 47 p. 100
étaient bitumées. Royal Air Maroc, la compagnie aérienne
nationale, assure les liaisons intérieures et
internationales. On compte 19 aéroports au Maroc.
Avec 11 milliards de dollars d’exportations et
7,14 milliards de dollars d’importations, la balance
commerciale du Maroc était déficitaire en 2001.
Le Maroc exporte essentiellement des phosphates et des
produits dérivés, des agrumes, du blé, du poisson. Ses
principaux partenaires commerciaux sont les pays de
l’Union européenne (67,9 p. 100 des importations,
70,9 p. 100 des exportations, dont 30,4 p. 100 vers la
France), les États-Unis (5,4 p. 100), les pays en voie de
développement (22,8 p. 100 des importations, 18,9 p. 100
des exportations).
Le Maroc est riche en vestiges paléolithiques (galets
aménagés, bifaces acheuléens, faciès moustériens), dont
des pointes atériennes spécifiques de l’Afrique du Nord
(jusqu’à moins 10 000 ans environ) et du Sahara.
Les populations qui s’installent peu après dans la région
sont probablement originaires d’Europe et d’Asie, et
donnent naissance aux ancêtres des Berbères. On sait peu
de choses de ces peuples, dont la langue dite libyque est
quasi indéchiffrable et présente des similitudes avec le
Tifinagh des Touareg.
L’histoire du Maroc est d’abord celle d’établissements
étrangers dans les zones littorales ; les Phéniciens
fondent des comptoirs de commerce sur la côte
méditerranéenne d’Afrique du Nord au
VIIe siècle
av. J.-C. sur des sites portant des noms d’origine berbère
et devenus de grands ports, tels Tingi (Tanger),
Casablanca ou Russadir (Melilla). Bien que l’on attribue
aux Carthaginois l’introduction du fer et la culture de la
vigne, la civilisation phénicienne reste marginale, et son
influence semble ne pas avoir beaucoup pénétré à
l’intérieur des terres où des royaumes berbères sont
fondés : celui de Maurétanie, apparu au
IVe siècle
av. J.-C. dans le nord du Maroc, et celui des Masaesyles,
à l’est.
La conquête de Carthage par l’Empire romain au
IIe siècle
av. J.-C. assure aux Romains la domination de tout le
littoral africain baigné par la Méditerranée jusqu’au
détroit de Gibraltar.
De cette époque date pratiquement le partage territorial
du Maghreb entre ce qui, plus tard, allait devenir le
Maroc et l’Algérie. Les Romains s’allient avec Bocchus, le
roi berbère qui règne sur toute la région à l’ouest de la
Moulouya, pour briser la résistance de son gendre
Jugurtha, qui domine l’Algérie. Jugurtha est vaincu
définitivement en 105 av. J.-C. Durant la période romaine,
la région est mise en valeur : des routes sont
construites, des villes, telle Volubilis, sont fondées.
L’agriculture se développe, tandis que le commerce
prospère.
De 25 à 23 av. J.-C., Juba II, un souverain berbère,
administre la Maurétanie (Algérie, Maroc). Vers
42 apr. J.-C., l’empereur Claude Ier annexe
l’ensemble de la Maurétanie à l’Empire romain ; elle est
divisée en deux provinces, séparées par la Moulouya : la
Maurétanie Tingitane (de Tanger), correspondant au Maroc
actuel, et que dirige le fils de Juba, Ptolémée, et la
Maurétanie Césarienne (l’Algérie). Les Romains, qui ne
contrôlent véritablement que la partie septentrionale du
pays (Volubilis) en raison de l’hostilité des montagnards
berbères, se replient sur la région de Tanger, qui est
rattachée, sous le règne de Dioclétien, à l’Espagne
méridionale (285).
En 429, le Maroc subit l’invasion des Vandales, qui se
fondent dans les populations locales. Le général byzantin
Bélisaire reprend la région en 533 et y impose les lois de
l’Empire byzantin. Néanmoins, cette reconquête est limitée
dans l’espace, seul le Nord est solidement tenu.
Après la conversion de l’empereur Constantin Ier
le Grand, au IVe siècle,
le christianisme s’est développé dans les régions
romanisées, c’est-à-dire essentiellement les villes et les
plaines côtières. Cependant, ces régions qui supportent
mal l’omnipotence des fonctionnaires de l’Empire et
l’extrême centralisation du système, vont faire bon
accueil aux idées d’indépendance financière et commerciale
apportées par l’islam.
Il semble que, dans leur offensive contre les Byzantins,
les troupes arabo-musulmanes conduites par Oqba ibn Nafi
atteignent l’Atlantique dès 681. Mais les tribus berbères
montagnardes (confédération des Masmouda, établis
dans le Haut-Atlas occidental, l’Anti-Atlas, le Rif et les
plaines atlantiques, des Sanhadja, du Moyen-Atlas,
et des Zenata, du Maroc oriental), qui n’ont pas
plus accepté la domination de Byzance que celle de Rome,
les obligent à se replier.
La véritable conquête commence une vingtaine d’années plus
tard, entre 705 et 707, sous la direction de Musa ibn
Nuşayr qui sait habilement jouer des clivages entre tribus
berbères. Prônant l’égalité entre tous les croyants, les
tenants de la nouvelle religion manquent de cadres
administratifs ; ils les trouvent souvent chez les « mawalis »
(affranchis, clients), lettrés chrétiens et juifs
autochtones, des Berbères pratiquant le judaïsme, dont
beaucoup finissent par se convertir, échappant ainsi à
l’imposition qui touche les « dhimmis » — les gens du
Livre, chrétiens et juifs, protégés par l’islam, mais
soumis à des taxes pour compenser l’interdiction qui leur
était faite de porter les armes. L’implantation arabe est
cependant longue et difficile.
Plusieurs dynasties musulmanes, se référant pour des
raisons religieuses et de prestige à une origine arabe,
règnent alors sur le pays. Pourtant, la résistance à
l’islamisation et à la domination arabe est vive dans
certaines régions berbères. Elle prend notamment la forme
du kharijisme, un mouvement musulman contestataire et
égalitaire s’appuyant sur une stricte lecture du Coran et
récusant le mode de succession du califat, qui privilégie
l’appartenance à la lignée du Prophète ou à celle des
premiers compagnons (Ansars). En 742, une révolte
ébranle les montagnes marocaines. Dans le Tafilalet
(région actuelle d’Erfoud, dans le Sud-Est), un royaume
kharijite subsiste longtemps avec pour capitale Sijilmassa,
comptoir commercial au croisement des routes d’échanges
entre les empires de l’Afrique noire — Ghana puis Mali —
et le monde musulman.
En 788, Idris Ier, descendant d’Ali, gendre du
Prophète, qui a fui l’Arabie, fonde la dynastie des
Idrissides. C’est de cette époque que date la fondation de
la ville de Fès, qui devient un important centre religieux
et intellectuel sous le règne d’Idris II. À sa mort en
828, le royaume idrisside entre dans une période de
déclin. Alors que l’Est subit les raids des nomades, les
Fatimides chiites d’Égypte et les Omeyades de Cordoue,
profitant des divisions internes qui affaiblissent la
dynastie, rivalisent pour étendre leur domination sur le
Maroc. Les Fatimides portent le coup fatal à la dynastie
idrisside en 917 ; le redressement se produit depuis le
Sahara.
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5.4 |
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Les premières dynasties berbères |
Les Almoravides (de l’arabe al-Murabitun ; le
murabit est celui qui pratique la défense de l’islam
par les armes et mène une vie pieuse, les ribat
sont des couvents fortifiés installés sur la ligne de
front entre l’islam et les non-musulmans), guerriers
rigoristes de l’islam, dont le mouvement est né dans le
sud de la Mauritanie actuelle parmi les nomades Sanhadja,
vont dominer la région à partir de 1062, date à laquelle
ils fondent Marrakech, au carrefour des routes
commerciales entre le monde arabe et le Sahara. Leur
expansion se fait à la fois en direction de l’Espagne
musulmane, où ils ont été appelés par une des factions
musulmanes au pouvoir, et de l’Afrique noire. En 1086, ils
battent, à Zellaca, le roi Alphonse IV. Au sud, ils
emportent, en 1077, une victoire décisive sur l’empire du
Ghana, prenant ainsi le contrôle du commerce de l’or.
Au début du XIIe siècle,
l’empire almoravide comprend l’Espagne musulmane, le
Maghreb occidental et central ainsi que le Sahara. Mais un
nouveau mouvement réformateur, lancé par Ibn Tumart dans
la première moitié du
XIIe siècle,
se dresse contre eux. Ce dernier lutte contre toute
déviation et prêche l’unicité de Dieu. La venue au pouvoir
de ses disciples, les Almohades (de l’arabe
al-muwahhidun, les Unitaires) en 1147, marque le
triomphe des Berbères sédentaires de l’Anti-Atlas sous
l’égide d’Abd al-Moumin (1130-1163). À l’apogée de leur
puissance, les Almohades exercent leur autorité sur
l’actuelle Algérie, la Tunisie, la Libye, ainsi que sur
une partie du Portugal et de l’Espagne. Le Maghreb
musulman en profite pour se libérer également de la
tutelle de l’Orient.
En 1212, la bataille de Las Navas de Tolosa, sur le sol
espagnol, au cours de laquelle les armées chrétiennes
vainquent les troupes musulmanes, marque le début du
déclin des Almohades et de l’Espagne musulmane. Les Beni
Merin, des Berbères arabisés qui ont été poussés vers le
sud du Maroc par les invasions arabes, en profitent pour
se soulever. En 1269, les Mérinides parviennent à
s’imposer sur le trône ; ils fixent leur capitale à Fès,
qu’ils font doubler par une nouvelle cité, Fès el-Djedid (Fès-la-Neuve).
Les Mérinides ne peuvent cependant maintenir l’empire
maghrébin des Almohades. Ils perdent le contrôle des
routes sahariennes et s’engagent dans de coûteuses
opérations militaires dans la péninsule Ibérique, luttant
contre l’avancée des princes chrétiens ou prenant parti
dans les conflits entre princes musulmans. La Reconquista
(« reconquête ») gagne bientôt le territoire marocain
lui-même. Espagnols et Portugais se partagent les côtes en
zones d’influence : les rivages méditerranéens reviennent
à l’Espagne, et le littoral atlantique échoit au Portugal.
En 1415, le port de Ceuta est pris aux musulmans andalous
par les Portugais ; Melilla tombe aux mains des Espagnols
en 1497.
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5.5 |
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Les dynasties chérifiennes |
La progression des Européens provoque le sursaut des Beni
Saad (ou Saadiens). Se réclamant de la lignée du Prophète,
ces chérifs, ou chorfas (titre donné par les musulmans aux
descendants de Mahomet par Ali et Fatima), sont établis au
sud, dans la vallée du Sous, autour de Taroudant. Ils
mènent la guerre sainte (voir Djihad) contre les
Portugais, qu’ils chassent d’Agadir en 1541, puis de Safi.
Ils s’attaquent ensuite aux successeurs des Mérinides, les
Wattassides. En 1549, ils s’emparent de Fès. Les
Wattassides demandent l’aide des Turcs présents en
Algérie, mais les Saadiens se rendent maîtres du pays en
1554.
Prudents, les sultans saadiens adoptent une politique
d’équilibre entre les Turcs ottomans et les Occidentaux.
En 1591, les Saadiens, souhaitant obtenir les mines de sel
du Sahara et l’or du Soudan, lancent une expédition à
travers le désert contre l’Empire songhaï, établi dans la
vallée du Niger. Le sultan Ahmad al-Mansur n’en retire pas
l’argent espéré, mais, par la suite, les nationalistes
marocains vont s’appuyer sur cette conquête pour
revendiquer toute la région comprise entre le Maroc et les
rives septentrionales du Niger (Nord-Mali) et du Sénégal
(Mauritanie). Le pays bénéficie de l’immigration de près
d’un million de morisques (voir Maures) et de juifs
expulsés d’Espagne après 1492. Le Maroc saadien est unifié
et relativement prospère ; l’architecture et les arts
marocains connaissent un essor notable à cette époque.
Peu après l’arrivée des premiers Saadiens d’Arabie, des
immigrants se réclamant de la descendance d’Hassan, l’un
des deux fils d’Ali, se sont installés dans le Tafilalet,
aux portes du désert. Utilisant le prestige que leur
accorde cette ascendance alaouite, ils s’appuient sur le
désir d’indépendance des habitants de la région pour se
poser en prétendants au trône. En 1664, Moulay Rachid
fonde la dynastie alaouite, qui règne encore de nos jours
sur le Maroc.
La dynastie connaît son apogée sous Moulay Ismaïl
(1672-1727), le bâtisseur de Meknès. Il s’engage dans la
reconquête du pays sur les chrétiens (Espagnols et
Portugais occupant des ports) et mène la lutte contre les
Ottomans. Son règne est suivi d’une longue période de
rivalités familiales, ponctuées de brefs interludes de
paix et de prospérité relatives.
À la fin du XVIIIe siècle,
seul le tiers septentrional du Maroc reste sous
l’administration du sultan : c’est le Bled el-Maghzen,
pays soumis à l’impôt, donc à l’autorité chérifienne,
tandis que le reste du pays se trouve en situation de
quasi-insoumission (Bled el-Siba, « pays de la
dissidence »).
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5.6 |
|
L’intrusion européenne |
Les puissances européennes, qui luttent en Méditerranée
contre les Ottomans et les pirates des États barbaresques,
profitent de l’affaiblissement du royaume chérifien pour
signer des traités commerciaux à leur avantage : la
France, en 1767, et le Royaume-Uni, en 1792, obtiennent le
libre passage du détroit de Gibraltar et la liberté de
commerce. L’occupation française d’Alger, en 1830,
provoque une réaction nationaliste au Maroc voisin. Le
sultan Abd al-Rahman apporte son soutien à l’émir Abd
el-Kader, qui dirige la résistance depuis l’Oranie. En
tentant de reprendre Ceuta et Melilla, les Marocains
déclenchent en retour une expédition espagnole qui
s’empare de Tétouan, en 1860. L’affaiblissement du Maroc,
contraint par ailleurs de payer d’importants dommages de
guerre, attise les rivalités européennes.
Entre 1900 et 1903, la France occupe les confins
marocains. En 1904, la France, la Grande-Bretagne et
l’Espagne concluent des accords qui préparent un partage
du Maroc. L’Espagne étend son influence sur le Rif, dans
l’arrière-pays de Ceuta et de Melilla ; l’Angleterre
renonce à ses visées sur le reste du pays au bénéfice de
la France, en contrepartie de l’abandon de celles de la
France sur l’Égypte. Mais l’Allemagne, se sentant lésée
dans ce partage colonial, décide d’intervenir. Le 31 mars
1905, le kaiser Guillaume II rend visite au sultan à
Tanger, lui affirmant sa volonté de soutenir
l’indépendance marocaine. La tension entre la France et
l’Allemagne est portée à son comble. L’année suivante, la
conférence d’Algésiras place le pays sous contrôle
international, et en 1909, Français et Allemands
s’entendent pour signer une convention de partage
économique du Maroc. Pourtant, en 1911, éclate une
nouvelle crise, l’incident d’Agadir. Le sultan Moulay
Hafiz, assiégé dans Fès par des tribus berbères révoltées,
a fait appel à la France. L’Allemagne, opposée à une
intervention française, dépêche immédiatement une
canonnière dans le port d’Agadir. La crise trouve
rapidement une solution politique : en échange d’une
partie du territoire du Congo français frontalière du
Cameroun, alors possession allemande, l’Allemagne
abandonne ses prétentions au Maroc, laissant désormais le
champ libre à la France.
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5.7 |
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Le protectorat français |
Le 30 mars 1912, le sultan reconnaît le protectorat
français. L’Espagne obtient pour sa part le contrôle de la
région du Rif et de l’enclave d’Ifni. Contre ce nouvel
état de fait, des émeutes éclatent en différents points du
pays. Moulay Hafiz abdique en faveur de son frère Moulay
Youssef, et la pacification du pays débute sous la
conduite du général Lyautey. Marrakech est occupée en
septembre 1912, et Agadir l’année suivante. Jusqu’en 1925,
Lyautey, nommé résident général, s’efforce de mener une
politique respectueuse envers les habitants du Maroc, pays
qu’il s’attache à valoriser en développant ses
infrastructures (routes, voies ferrées, ports).
Mais le Rif est ébranlé, de 1921 à 1926, par la révolte d’Abd
el-Krim. La longue guerre du Rif ne peut être matée que
par une alliance militaire franco-espagnole dirigée par le
maréchal Pétain, à la tête d’une force de près de
100 000 hommes ; le Haut-Atlas n’est soumis officiellement
qu’en 1934. La vallée du Draa et les oasis du sud restent
encore longtemps en état de dissidence larvée : on estime
qu’entre 1921 et 1934 la conquête du Maroc coûte la vie de
27 000 hommes à la France (métropolitains et troupes
africaines).
En 1930, la France, qui souhaite mettre en place une
administration plus directe, à l’image de celle qui existe
en Algérie, tente de désarmer les Berbères en publiant le
« dahir berbère », manifeste qui reconnaît leur
spécificité (langue, lois coutumières) par rapport à
l’administration arabe. Ce texte entraîne la première
réaction nationaliste des milieux arabisés, qui accusent
la France de vouloir diviser le pays pour mieux asseoir
son autorité. C’est d’ailleurs à la même époque que se
constitue le Comité d’action marocaine, le premier parti
politique réclamant la fin de l’administration directe.
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5.8 |
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La lutte pour l'indépendance |
La défaite française de 1940 renforce les espoirs des
nationalistes. La figure principale du nationalisme
marocain, Allal al-Fasi, va donner ses fondements
idéologiques au parti de l’Indépendance, l’Istiqlal,
branche dissidente du Comité d’action marocaine, fondé en
1943 avec Ahmed Balafrej.
Un an auparavant, en novembre 1942, les troupes
américaines ont débarqué au Maroc ; le pays devient alors
une base stratégique pour les Alliés jusqu’à la fin de la
Seconde Guerre mondiale, et les troupes marocaines,
intégrées à l’armée française, participent aux opérations
de la fin du conflit (campagnes d’Italie, de France,
d’Allemagne).
À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la poussée
nationaliste se fait plus pressante. Le sultan Mohammed
Ben Youssef profite de la célébration du vingt-cinquième
anniversaire de son accession au trône pour revendiquer
l’indépendance du Maroc. Il manifeste sa volonté de
résistance en refusant de signer un certain nombre de
dahirs (textes de loi) alors que le poids de
l’administration, placée sous l’autorité du général Juin,
se fait de plus en plus sentir. Les autorités françaises,
en accord avec Hadj Thami el Glaoui, beau-frère du sultan
et pacha de Marrakech, considéré comme l’un des plus
puissants « féodaux » de l’époque, organisent, à l’issue
d’un complot fomenté à Marrakech, un semblant de rébellion
qui conduit à la destitution du sultan en août 1953.
Celui-ci, exilé, est remplacé à ce poste par une
personnalité sans relief et âgée, Ibn Arafa. L’activisme
nationaliste des « autorités » en place se double alors de
celui de nouvelles formations, au premier rang desquelles
l’Istiqlal. Cependant, la France, qui est engagée dans la
guerre d’Algérie, doit également faire face à la révolte
nationaliste en Tunisie et sort à peine de la guerre en
Indochine. Elle décide alors de s’orienter vers une
solution politique : le sultan, dont l’exil n’a fait que
conforter la légitimité et grandir le prestige
international, est rappelé au Maroc. Revenu dans son pays,
il est reçu et acclamé par une foule de plus d’un million
et demi de personnes. Le gouvernement d’Edgar Faure
négocie les modalités de la déclaration de
La-Celle-Saint-Cloud (novembre 1955), qui débouche sur
l’indépendance du pays le 3 mars 1956 ; Madrid reconnaît
celle du Maroc espagnol le 7 avril ; Ceuta, Melilla et
Ifni demeurent cependant des enclaves espagnoles. Le
statut international de Tanger, institué en 1923, est
aboli le 21 octobre. En août 1957, le sultan, jouissant
d’une immense popularité, est proclamé roi du Maroc, sous
le nom de Mohammed V.
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